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Dans La Cave

14 février 2006 2 14 /02 /février /2006 12:25

Enfin je reprends en main cette catégorie hélas horriblement négligée dans cet espace depuis bien longtemps….

 

Pour un peu tailler dans le vif de l’actualité judiciaire, cette fois j’aimerais vous parler d’un livre qui m’a marqué en le lisant, il y a maintenant une année de cela -  et qui continue à me travailler depuis. Il s’agit de l’Exécution, de Robert Badinter, avocat et Ministre de François Mitterrand, qui y décrit, dans une version romancée, sa bataille inconditionnée contre la peine de mort. Mon étonnement est grand, lorsque j’apprend que la guillotine, pratique largement moyenâgeuse, est encore en usage en France dans les années 70…!

 

Dans ce « roman classique »[1], comment l’appelle Pierre Viansson-Ponté, Badinter nous raconte l’histoire vraie et d’autant plus crue d’un jeune homme, Bontemps, accusé de meurtre, et risquant donc la peine de mort, et nous fait entrer en directe dans les détails concernant ce cas, la vie de l’accusé, le crime et, surtout, la position d’existence des deux avocats. Avec le jeune avocat qu'est Badinter il y a, en fait, son vieux maître, vieux sage qui lui indique le chemin et lui décrit la réalité inexorable de la juridiction française…

 

Ce livre réveille plusieurs questions brûlantes – quel est la position à prendre par un état face à un criminel, comment justifier la peine de mort, et, dans tout cela, quelle est la fonction déterminante de l’avocat ?

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Badinter introduit cette dernière question tout au début de son ouvrage :

« Un avocat, ça sert à  quoi ? à tenir son rôle, à dire ses phrases, des mots qu’on attend, au moment où on les attend ? Quand, qu’ on dit d’un avocat qu’il a du talent, qu’est-ce que cela signifie ? Que son rôle est bien tenu, que ses phrases sont bien venues, qu’il sait faire naître juste ce qu’il faut, pour un instant, de bonnes, de nobles émotions, qui font plaisir à ressentir, parce qu’elles vous rappellent que vous étés un homme de cœur, avec une conscience, une sensibilité, une générosité toutes prêtes à vibrer en vous ? Et puis la représentation achevé, le commentaire des connaisseurs saluant la performance, l’avocat retourne à son banc. Qu’a-t-il fait réellement pour l’homme qu’il défend ? »(R.Badinter, L’Exécution, édition Livre de Poche, p.11) 

 

Cette problématique va être centrale dans l’ouvrage et va devenir une réflexion puissante, à la fois fine et percutante, sur la société et ses engagements. La question va, surtout, être centrale dans la vie de Badinter, qui va faire de la lutte contre l’exécution capitale un combat personnel. (voir L’abolition, ouvrage autobiographique du même auteur)

  Je ne vous en dis pas plus sur ce livre...
il faut le lire pour en savoir plus ! ;)


[1] Voici l’extrait en intégral :« Un grand roman classique, une histoire de haine, de sang, de mort et d'amour. Oui, d'amour. Unité de temps, de lieu, trois personnages : l'auteur, son vieux maître, la victime - oui, la victime - et puis la foule, avec quelques silhouettes bien plantées au premier rang. Un récit qui va droit son chemin vers la réponse à l'unique question : mourra-t-il ? Ce qui importe, c'est de savoir ce qu'est la justice, comment elle fonctionne, à quoi sert un avocat, pourquoi la peine de mort. C'est tout cela qui nous bouleverse dans ce beau livre, dur et sensible à la fois. Ne laissez plus passer, en tout cas pas ainsi, ce qu'on nomme par dérision peut-être la justice des hommes. » (extrait d’un article de Pierre Viansson-Ponté, Le Monde, 3 octobre 1973).

 

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7 décembre 2005 3 07 /12 /décembre /2005 20:27

La semaine dernière j’ai lu, tout d’un coup, un livre qui m’a troublé : Le Pavillon des enfants fous, de cet écrivain hors norme, Valérie Valère.

 

Comme le titre l’annonce crûment, il s’agit d’un récit direct et dépouillé de tout frou frou – l’écrivain le précise elle-même :

« Ce n’est pas une œuvre littéraire. Je ne me suis pas mise à écrire calmement dans la solitude de ma chambre, la pensée claire recherchant le mot juste. Il n’y a pas de mots raisonnables pour décrire le monde des fous. Je me refuse à transformer ce texte en une écriture soignée, polie.[…] »

 

Il est néanmoins frappant de remarquer le style lucide et tranchant de ce témoignage – d’une qualité littéraire singulière.

 

Dans ces 158 pages, nous glissons le long des murs de sa ‘cellule’, pour comprendre le pourquoi de l’internement – physique et psychique - de cet enfant, de cette pré-adolescente de 13 ans, qui se retrouve enfermée dans un hôpital psychiatrique. Elle doit vivre pendant quatre mois en isolement presque total, sous le control dure et superficiel des médecins et des infirmiers qui la traitent comme un objet, une « chose », mot qu’elle emploie fréquemment. Au milieu d’autres filles aux problèmes mentaux divers, seule dans sa chambre et dans sa folie, elle nous fait découvrir son parcours, sa chute et le franchissement de la vie...

 

La raison de son internement : elle est anorexique.

 

Le lire, outre à me replonger dans des précis souvenirs perso, m’a surtout rouvert ces années fragiles et implacables de l’adolescence – où tout est encore à faire et on vit dans la crainte qu’on ne va pas arriver à construire notre avenir…

 

Valérie Valère semble avoir écrit ce livre pour ouvrir les yeux à ceux qui sont « dehors », en dénonçant les parents qui l’ont abandonné, mais surtout les médecins, psys, infirmiers, auxquels elle lance une invective dans les dernières lignes de son récit :

« Mais faites attention, messieur les psy, vous qui lisez ce mal de vivre avec un sourire du coin des lèvres, elle vous guette cette mendiante dont vous avez tellement peur qu’il vous a fallu créer des institutions pour la briser, l’enfermer, c’est contagieux, vous savez, la folie… »

 

 

Valérie Valère (de son vrai nom Valérie Samama) est née le 1er novembre 1961. Elle a 15 ans lorsqu’elle écrit le témoignage de son internement - ce livre est publié un an plu tard.

 

Au cours de ses études de lettre, elle écrira les suivants romans : Malika ou un jour comme tous les autres (1979) et Obsession blanche (1981), Laisse pleurer la pluie sur tes yeux (1987), Véra, Magnificia Love et pages diverses (1992) La Station des désespérés ou les couleurs de la mort (1992), Éléonore (1998).

 

Dans la nuit entre le 18 au 19 décembre 1982, Valérie Valère s’éteint, suite à une crise cardiaque due à une grande assomption de médicaments.

 

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24 novembre 2005 4 24 /11 /novembre /2005 11:00

Actuellement je suis en train de lire un roman plein de force et de sentiment, qui me secoue : La Mère, de Maxime Gorki. J’en suis seulement à la moitié et je ne sais pas encore en quoi va consister la fin – je suis donc encore toute trépidante !

Ouvrage écrit quand il a 38 ans ( quelle maturité d’esprit!) et terminé par Gorki (signifie "l'amer", en russe) pendant sa convalescence (il était atteint de tuberculose), il semble y transmettre son supplice - de l’immobilité de son corps, contraint de rester au lit, pendant que son esprit s’élance dans une ferveur intellectuelle débordante…

Le sujet central est la préparation, vue de l’intérieure, du mouvement ouvrier russe, bien avant la Révolution d’Octobre. Gorki se glisse dans la vie intime des ouvriers, nous fait respirer leur air, comprendre leurs peurs, imaginer leurs actes, éprouver leurs émotions,  pénétrer leurs rêves….et prévoir la catastrophe – avec l’expérience que nous avons récoltés suite au communisme ( …), toutes ces promesses, pourtant si attrayantes sur le plan philosophiques, se sont montrés, sur le plan pratique, une utopie dupe et dangereuse, un leurre. Un rêve sans fondement réel, auquel manque une pensée palpable qui puisse unifier en vérité les hommes…

Dans ce roman on suit la vie du jeune Paul Vlassov et de son petit groupe de révolutionnaire - de sa création à ses épreuves, en découvrant la force de l’amitié, l’amour filiale, le respect pour la vie et le courage face à la mort. Pour ne jamais oublier que dans la vie il faut avoir la force de ses convictions, pour ne pas se faire écraser, et ne pas accepter de s’abaisser face aux injustices…

C’est un roman qui ne semble pas un tel – mais plutôt le récit vécu d’un homme qui sait observer les êtres et les choses, en saisir les traits et les paroles, et qui n’a pas peur de trouver les mots pour tout exprimer…grâce à son style rapide et saisissant, riche en descriptions physiques qui arrivent à saisir la profondeur psychologique des protagonistes, on a vraiment l’impression de voir ces personnages.

 

Si vous avez aussi lu cet ouvrage, parlons-en, ou si vous avez envie de le lire, je vous conseille l'édition Messidor, 1987, mais sur Amazon j'ai seulement pu trouver celui des édition "Les Temps des Cerises"...voici la couverture décidément pas alléchante (pfui!) :

 

 

Je conseille également de cet écrivain son autobiographie, L'Enfance, superbe et bouleversante :




Bonne lecture à tous...n'importe ce que vous étes en train de lire...

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